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1940 |
L’Humanité clandestine, 15 août 1940. Rédaction attribuée à Jacques Duclos. Source : site Gallica (BNF). |
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Notre pays connaît maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la guerre, de la défaite et de l’occupation.
La France meurtrie, douloureuse, trahie par ses dirigeants, subit la rançon de la défaite. Voilà où nous ont conduit les politiciens à la Daladier, à la Reynaud, à la Mandel, qui, soutenus par un Parlement de valets et de corrompus, ont poussé la France à la guerre pour servir les intérêts des ploutocrates, pour supprimer les libertés publiques, pour faire régner la terreur, écraser le peuple et porter les armes contre l’U.R.S.S., pays du Socialisme (envoi de matériel aux gardes-blancs finlandais et constitution de l’armée de Weygand en Syrie).
La clique des dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre a bénéficié de l’appui de tous les partis, unis dans une même besogne de trahison et dans une même haine de la classe ouvrière et du Communisme. Le Parti Radical avec ses Daladier, Bonnet, Chautemps et Chichery ; Le Parti Socialiste avec Blum, Serol, Ziromsky, Paul Faure les Partis de droite avec Flandin, Marin, Déat, Marquet le P.S.F. avec La Rocque et Ybarnegaray la bande à Doriot et les chefs usurpateurs de la C.G.T., les Jouhaux, Belin, Dumoulin, etc. sont tous responsables des malheurs de la France.
La malédiction de tout un Peuple trahi monte, vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite.
À cause de ces hommes, la moitié du territoire français subit l’occupation de l’armée allemande, aux frais de la France, comme l’indique le traité de l’armistice.
Mais rien ne pourra empêcher que les comptes soient réglés et les masses laborieuses en demandant que la France soit aux français expriment à la fois la volonté d’indépendance de tout un peuple et sa ferme résolution de se débarrasser à tout jamais de ceux qui l’ont conduit à la catastrophe.
Seuls debout dans la tempête, fidèle à la politique de paix, notre Grand Parti Communiste s’est dressé contre la guerre, comme il s’était dressé seul contre l’occupation de la Ruhr par Poincaré, parce qu’il a toujours été contre l’oppression d’un peuple par un autre peuple.
Nous, communistes, nous avons défendu le Pacte Germano-Soviétique parce qu’il était un facteur de Paix, et dès le premier mois de la guerre, alors que la répression s’était abattue sur nous, face à tous les profiteurs, affairistes et politiciens pour qui la guerre était une fructueuse entreprise, nous avons réclamé la paix par l’envoi d’une lettre des députés communistes au Président de la Chambre.
C’est pour cela que ces Députés ont été emprisonnés et condamnés, c’est pour cela que des milliers de communistes ont été jetés dans les cachots et les camps de concentration, cependant que, sous la menace de la prison et du peloton d’exécution, nos militants ont continué vaillamment la lutte pour la Paix.
Désormais, chaque français est à même de constater que si les propositions communistes, toutes de clairvoyance et de sagesse, avaient été suivies de la guerre avec ses désastres, aurait été épargnée à notre Pays. Mais les gouvernants français qui n’ont pas voulu la paix ne se sont pas préparé à la guerre et ont seulement organisé la trahison.
Avant la grande offensive allemande de mai dernier, politiciens et généraux français ont fait la guerre à l’intérieur contre les ouvriers et, en même temps, ils ont désorganisé la production, saboté la fabrication des (partie effacée) les stocks de l’Armée française pour ravitailler les révolutionnaires finlandais. Ils n’ont rien prévu, rien organisé, ils ont renoué la tradition d’incurie criminelle des généraux du Second Empire.
Seul un Parti a vu clair, seul un Parti a eu raison, seul un Parti n’a été ni dupe ni complice, seul un Parti a eu le courage de lutter : ce Parti, c’est le Parti Communiste Français, Parti du Peuple, au service du Peuple.
La France encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante.
Le Peuple de France veut régler lui-même, conformément à ses traditions et à son génie, les questions sociales et politiques surgies de la trahison des classes possédantes. La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy.
Jamais un grand Peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si malgré la terreur de ce Peuple a su, sous les formes les plus diverses montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier à la bande actuellement au pouvoir, sa volonté d’être libre.
Les politiciens, civils et militaires, à la solde du capitalisme ont conduit le peuple de France à la guerre sous prétexte de défendre la liberté et, aujourd’hui, ils imposent leur dictature, parce qu’ils ne veulent pas rendre de comptes, parce qu’ils veulent que les ploutocrates s’enrichissent de la défaite comme ils se sont enrichis de la guerre.
Cela ne doit pas être cela ne sera pas : la France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé; la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes.
La France doit se relever, elle se relèvera; il le faut, dans l’intérêt même de la fraternité des Peuples, que, de toutes nos forces nous voulons.
La France doit se relever en tant que grand Pays avec son industrie et son agriculture. Aucun travailleur français ne pourrait admettre que soient anéanties ou laissées à l’abandon les richesses industrielles de la France qui doivent revenir à la collectivité nationale.
La France doit se relever, mais elle ne se relèvera que par son travail et dans la liberté. Les usines doivent rouvrir et travailler pour les besoins des hommes les paysans doivent être ramenés à leur terre d’où la guerre les a chassés en grand nombre. Ce n’est pas enrôlant des jeunes gens, ainsi que semble (sic) vouloir le faire les traîtres de Vichy, pour les amener à la campagne comme des serfs, que seront résolus les problèmes économiques posés devant notre Pays.
Ce ne sont ni les généraux battus, ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France ils ne sont bons qu’à la trahir et à la vendre. Ce n’est pas les milieux corrompus du capitalisme que peuvent se trouver les éléments de la renaissance nationale. C’est dans le Peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale.
Et c’est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance e de courage, parce que l’avenir lui appartient c’est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti Communiste, Parti de propreté, d’honneur et d’héroïsme, que peut se constituer le Front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France.
Nous appelons à s’unir pour sauver notre Pays, pour l’arracher des mains de ceux qui l’ont conduit au désastre, les paysans, les petites gens qui ont été si abominablement trompés par le Parti Radical, les travailleurs socialistes que le Parti de Blum et de Paul Faure ainsi que les chefs traîtres de la C.G.T. ont placé à la remorque des potentats de capital, les travailleurs chrétiens à qui les principes de l’Église ont prêché la confiance en des gouvernants indignes, où, tous les français honnêtes qui veulent que la France se relève et se libère des chaînes du capitalisme, qui a préparé le désastre pour détruire les conquêtes sociales de 1936.
L’Unité de la Nation peut se faire. Elle doit se faire et elle peut se faire tout de suite, pour alléger le fardeau de misère qui pèse sur notre pays.
Que tous les hommes et femmes de bonne volonté, que les Vieux et les jeunes s’unissent à la ville, au village, partout, en des comités populaires de solidarité et d’entraide pour organiser l’assistance aux réfugiés, aux malheureux, aux démobilisés, aux chômeurs, aux malades, aux blessés pour organiser le ravitaillement qui, dans de nombreuses communes isolées n’est pas assuré pour créer d’un bout à l’autre du Pays un esprit de solidarité fraternelle fondé sur le principe « un pour tous, tous pour un ».
Mais s’il faut panser les plaies, il faut aussi reconstruire; reconstruire pour le bien de la collectivité et non pour fournir l’occasion de nouveaux profits aux maîtres et protégés de ces Messieurs du gouvernement de Vichy.
Il faut remettre la France au travail, mais en attendant il faut assurer le pain quotidien aux sans-travail. Et pour remettre le pays au travail, il fut mobiliser les ressources de la Nation. En confisquant tous les bénéfices de guerre et en effectuant un prélèvement massif sur les grosses fortunes.
Il faut remettre la France au travail, mais pour cela les voleurs capitalistes doivent être mis hors d’état de nuire, les mines, les banques, les chemins de fer, les chutes d’eau et autres grosses entreprises doivent être restitués à la Nation.
Il faut remettre la France au travail, mais pour cela, il faut assurer aux petits et moyens paysans des livraisons d’engrais à bas prix, livraisons que rendrait possible le retour à la collectivité nationale le retour des industries chimiques, et il faut aussi remettre à ceux qui les travaillent les grosses propriétés foncières appartenant aux banquiers, seigneurs et autres exploiteurs du Peuple.
Il faut remettre la France au travail, mais pour cela il faut que les pouvoirs publics au lieu de se désintéresser du sort des paysans fassent droit à leurs revendications :
paiement des récoltes détruites ou perdues du fait de la guerre
livraison de semences sélectionnées
paiement des dommages pour le reconstruction des maisons détruites et le renouvellement des instruments aratoires détériorés ou anéantis, ce qui donnera du travail à de nombreux ouvriers :
livraison d’animaux aux paysans sinistrés pour la reconstitution du cheptel
versement d’une indemnité aux paysans sinistrés pour qu’ils puissent vivre en attendant la prochaine récolte.
Il faut remettre la France au travail, sans subordonner la reprise de l’activité du pays aux profits des capitalistes et en s’attaquant au contraire aux privilèges des classes possédantes.
Le Peuple a le droit d’exiger que son travail profite à la collectivité et non à quelques parasites capitalistes, et il a le droit de demander des comptes à ceux qui ont fait le malheur du pays, fauteurs et profiteurs de guerre, ministres d’hier et d’aujourd’hui, généraux traîtres et incapables.
Le Peuple a le droit d’exiger la mise en accusation des responsables de la guerre et des désastres de la France.
Le Peuple a le droit d’exiger la libération des défenseurs de la paix et le rétablissement dans leurs droits et fonctions des délégués élus et des conseillers prudhommes déchus par le gouvernement des fauteurs de guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger l’abrogation des mesures de dissolution prises contre les groupements politiques, syndicaux, coopératifs, culturels et autres en raison de leur hostilité à la guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger la parution en toute liberté des journaux en qui il avait confiance, qui lui disaient la vérité et qui ont été interdits à cause de cela.
Le Peuple a le droit d’exiger que soient reconnus les droits sacrés des mutilés, des veuves, des orphelins, des vieux parents dont le fils a été tué. Les victimes de la guerre ne laisseront pas Pétain déclarer que l’État ne fera rien pour elles en même temps que les profiteurs de guerre gardent les milliards volés au Pays.
Mais ces droits, le Peuple devra les imposer par son union et par son action.
Le Peuple français, qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes forces la Paix, dans l’indépendance complète et réelles de la France. Il n’y de paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes.
Au surplus, le Peuple de France peut constater que c’est guidés par la haine du peuple que les gouvernants français nous ont conduit à la guerre et se préparaient à attaquer le pays du Socialisme comme le prouvent les télégrammes échangés entre Gamelin et Weygand sur le bombardement de Bakou et de Batoum.
L’U.R.S.S. de Lénine et de Staline, pays du Socialisme et espoir des travailleurs du monde est le rempart de la Paix comme elle vient de le montrer une fois de plus en réglant pacifiquement avec la Roumanie la question de la Bessarabie et de la Bukovine du Nord. En défendant le pacte germano-soviétique en août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre la politique stalinienne de paix et aujourd’hui nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l’indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique.
Pour relever la France, pour remettre la France au travail, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour assurer son indépendance dans la paix, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour libérer notre pays des chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression, il faut chasser le gouvernement des traîtres et des valets dont le chef Pétain a dit cyniquement aux blessés, aux réfugiés, à ceux qui ont tout perdu : « l’État ne pourra rien pour vous ».
Le gangster de la politique Laval, le radical staviskrate Chautemps, les socialistes Rivière et Février, le P.S.F. Ybarnegaray, et autres politiciens vendus à la Frossard et à la Marquet, ont imposé la Constitution de Vichy pour faire peser sur le Peuple de France la dictature des forbans.
Avec la Constitution de ces Messieurs, plus de liberté d’opinion, de presse, d’association, plus de libertés syndicales, plus de pensions pour les anciens combattants, plus d’assurances sociales, plus d’élections pour désigner les membres de la Chambre qui seront nommés par les Ministres, et puis enfin un seul parti autorisé, le parti de Laval, La Rocque, Doriot, Chautemps, Frossard, Rivière, Février et Cie.
La complicité du Parti Radical et du Parti Socialiste a permis à Pétain de se faire nommer dictateur, mais derrière lui, c’est Laval, son remplaçant éventuel qui détient le pouvoir. À peine les ministres radicaux et socialistes avaient-ils assuré l’étranglement des libertés publiques, qu’ils disparaissaient de la scène pour laisser la place aux réactionnaires Lémery et Piétri et à Mr. Mireaux, directeur du « Temps », « la bourgeoisie faite journal » comme disait autrefois Jules Guesde.
Ce gouvernement de honte où se retrouvent aux côtés des militaires battus, les Bazaine de 1940 et aux côtés d’affairistes notoires des politiciens tarés déshonore la France.
Voilà, travailleurs et démocrates français, les résultats de la politique de Daladier, Blum et consorts, qui, en frappant le Parti Communiste français, ont préparé la destruction des libertés républicaines dans notre pays et viennent d’aider Laval-Marquet et Weygand à devenir les maîtres de la France.
Mais le Peuple de France ne se laissera pas faire. À la ville, dans les campagnes, dans les usines, dans les casernes, doit se former un front des hommes libres contre la dictature des forbans.
À la porte le gouvernement de Vichy ! À la porte le gouvernement des ploutocrates et des profiteurs de guerre !
C’est un tout autre gouvernement qu’il faut à la France.
Un gouvernement que l’Unité de la Nation rendra possible demain; un gouvernement qui sera le gouvernement de la renaissance nationale, composé d’hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels n’ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre, un gouvernement du Peuple, tirant sa force du Peuple, du Peuple seul et agissant exclusivement dans l’intérêt du Peuple.
Voilà ce que pense le Parti Communiste, voilà ce qu’il te dit, Peuple de France, en ces heures douloureuses, en t’appelant à t’unir dans tes comités populaires de solidarité et d’entraide, dans les syndicats, dans les usines, les villes, les villages, sans oublier jamais que tous unis nous relèverons la France, nous assurerons sa liberté, sa prospérité et son indépendance.
Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d’exploitation et de corruption qui a déjà disparu sur un sixième du globe, en U.R.S.S., sous le signe de l’unité et l’indépendance de la Nation, sous le signe de la fraternité des peuples, nous serons les artisans de la renaissance de la France.
Vive l’Union Soviétique de Lénine et Staline, espoir des travailleurs du monde.
Vive l’unité de la Nation Française.
Vive la France libre et indépendante.
Vive le Parti Communiste Français, espoir du peuple de France.
Vive le gouvernement du Peuple, au service du Peuple.
Au nom du Comité central du Parti Communiste Français
Maurice Thorez, Secrétaire Général,
Jacques Duclos, Secrétaire.